Un peu brûlant. Je vais vous résumer ça malgré les boutons sur ma langue, on en reparlera peut-être à froid.

Ainsi donc les rumeurs disaient vrai. Elles parlaient d'une nouvelle machine au niveau des PS360 et d'une nouvelle manette-écran, hybride entre le Classic Controller et un iPad ; c'est exactement ce que Nintendo a montré. Elles suggéraient une avalanche de portages pour se mettre à jour de la concurrence, et c'est ce à quoi on a assisté. Elles avaient anticipé l'absence de multi-touch, de disque dur et de Blu-Ray, et à en croire les premiers détails, c'est tout à fait ce qu'il va se passer. La Wii U correspond en tout point à ce que 01.net et ses suiveurs avaient teasé. Et quelques minutes avant la conférence, l'attente sur NeoGAF (et sans doute ailleurs) était extatique.

Alors pourquoi les fans crient-ils au "worst E3 ever" à l'issue de cette conférence qui a pourtant tout confirmé ou presque ? À cela, plusieurs raisons.

Tout d'abord, Nintendo, en se concentrant pendant la moitié de la conférence sur la 3DS, la console que les gens n'ont pas encore envie d'acheter (et encore moins depuis que la PlayStation Vita a été annoncée au même prix la veille), a montré à cette occasion un vieux visage grimaçant bien connu des détracteurs : non pas celui de Cammie Dunaway et sa cohorte de familles idéales qui ne veulent jouer qu'à Wii Fit, mais celui du vieux constructeur pour fanboys spécialiste du surgelé. Ainsi, on a vu défiler un énième Mario Kart, un énième Smash Bros., un Super Mario qui ressemblait furieusement à un énième Mario Galaxy, un énième remake (Lylat Wars), d'énièmes quasi-portages (Excite Bike - merci, on était déjà au courant -, Zelda GB), et une suite à l'utilité douteuse d'un jeu sympa mais sans plus, Luigi's Mansion 2. Seul ce dernier était une vraie surprise, tous les titres précédents avaient été annoncés plus tôt. Dans la foulée, on avait Kid Icarus comme unique jeu original, mais les trentes secondes aperçues ne laissaient rien entrevoir de fondamentalement original : un shooter nerveux certes, mais au décor "God of War pour enfants" et au voice acting apparemment très présent, ce qui n'est pas une bonne chose dans un jeu Nintendo depuis Metroid Other M. La rédemption aurait pu venir de Zelda Skyward Sword, un jeu plein de promesses de remaniement de gameplay ; las, trente secondes seulement seront dévoilées au tout début de la conférence, et la Wii ne sera plus jamais mentionnée par la suite.

Ensuite, et c'est probablement là le plus gros souci, les défauts de la Wii U elle-même sont apparus nettement au cours de cette conférence qui n'a pas su les contrecarrer avec de meilleures annonces. Les rumeurs disaient vrai : la Wii U est bel et bien... une PS360. Tout ça pour ça ? Cette console existe depuis déjà six ans. À part gérer les Wiimotes et une tablette fournie par défaut, la machine se positionne exactement là où se trouvent ses concurrentes, munies du Kinect, du Move et dans le cas de Sony, d'une PSVita aux capacités qui pourraient presque émuler celles de la fameuse tablette, à ceci près que la Vita est une vraie portable, elle. Vu d'ici, la manette "innovante" de Nintendo n'a l'air d'être qu'un accessoire de plus, tout juste bon à afficher une balle de golf par terre (qui veut rejouer à Wii Sports ?) où à faire vider les porte-monnaies des pauvres hères qui voudront jouer à Mario Party 10, le 9 semblant être annoncé sur Wii par ailleurs à l'heure où je rédige ce billet.

Cette mauvaise impression qu'à suscité la Wii U aurait pu être évitée très simplement : par des jeux Nintendo, la seule véritable raison pour laquelle nous achetons Nintendo. Et à cette conférence, il n'y en avait pas. À la place, on nous a annoncé un enième Smash Bros. (oui, avec celui de la 3DS ça fait deux), une démo non jouable digne des premières annonces de la GameCube et une scène de Zelda Twilight Princess en HD (qui veut rejouer à Twilight Princess ?). Nintendo a sans doute cru la masse de fans qui voulaient les voir suivre le mouvement, rentrer dans le moule et laisser les tiers faire le boulot. Mais auraient-ils pu anticiper que cette vision ne serait pas aussi agréable aux yeux des gamers qu'ils ne l'auraient cru ? Les premiers retours sont éloquents, mais ils ne sont que les premiers retours, et ordinairement, Nintendo garde une partie de ses annonces sous le pied pour les distiller à travers son site officiel tout au long de l'E3. Il n'empêche, pour un changement de génération attendu depuis 2006, Nintendo n'est pas parti sur un bon pied. Et il ne faut pas que Nintendo ne devienne que l'ombre de ses voisins ; ils l'ont déjà fait par le passé et cela ne leur a pas réussi.

P.S. : La bonne nouvelle c'est qu'on n'aura pas à changer de nom, en fin de compte. À ce propos, on prépare un nouveau design pour le site, vous nous en direz des nouvelles